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Le scandale Icesave – 2008-2011 – et la banqueroute islandaise

Icesave est le nom de la banque en ligne détenue par la banque islandaise Landsbanki de 2006 à 2008 qui a fait comme d’autres banques islandaises faillite lors de la crise économique de 2008. Elle offrait des services de compte d’épargne à taux d’intérêts très attractifs sur Internet et opérait dans deux autres pays, le Royaume-Uni (depuis octobre 2006) et les Pays-Bas (depuis mai 2008). Près de 400 000 personnes dans ces deux pays ont ouvert un compte et rien qu’au Royaume Uni les dépôts se montaient à 6 millions de livres sterling.

La crise est survenue lorsque la banque a déposé son bilan dans la mouvance de crise économique mondiale de 2008-2009 car les déposants n’ont pu retirer leurs avoirs. Le gouvernement islandais, pour compliquer les choses répondait alors que tous les avoirs des Islandais étaient garantis mais ne se prononçait pas pour les déposants étrangers. Les gouvernements du Royaume-Uni et des Pays Bas ont fortement réagi à ce que d’aucuns considéraient comme une discrimination et ont formulé l’exigence que l’Islande renfloue les épargnants de leurs pays, puisque la règlementation[1] de l’Espace Économique Européen dont les trois pays font partie prévoit cette garantie.

Deux accords entre le Parlement Islandais, l’Althing, et les gouvernements britanniques et néerlandais qui prévoyaient cette possibilité se sont succédé. Les deux accords exigeaient que les contribuables islandais se portent garants des pertes bancaires – l’État islandais remboursant les épargnants- ce qui laissait forcément prévoir des fortes réactions populaires. Prévoyant peut être cela, le Président Olafur Ragnar Grimson décidait de refuser de valider les projets de loi et renvoyait tout développement à deux référendums. Ils se sont révélés tous deux négatifs, respectivement en 2010 et 2011, le peuple islandais refusant de se tenir pour responsable des erreurs de quelques financiers.

Au contraire ! La fureur des citoyens islandais continue même. Non content d’avoir infligé deux camouflets politiques aux gouvernements les ayant négociés, l’opinion publique traine maintenant en justice le Premier ministre en charge lorsque la crise a éclaté, Monsieur Geir H. Haarde, du parti Indépendant (libéral) pour cause de négligence. Il n’aurait pas su ou voulu remédier au fait que les trois grandes banques islandaises en faillite n’avaient pas les liquidités nécessaires pour couvrir leurs dépôts. L’ancien premier ministre a dernièrement plaidé non coupable et se pose maintenant en victime.

On se tourne maintenant vers l’Autorité de surveillance de l‘Association européenne de libre-échange (AELE) pour le dénouement judiciaire de l’affaire ; elle vient le 10 juin de confirmer la dette de l’État islandais. Ce qui facilite les choses est tout de même que le recouvrement des avoirs de Lansbanki, évalués à près de 99% de la somme due, vont couvrir en quasi totalité la dette et ont été mis à disposition des gouvernements britanniques et néerlandais qui avaient avancé la somme à leurs épargnants respectifs.

Si cette histoire a une morale c’est que les conséquences d’un capitalisme débridé qui ne profite qu’à certains, comme l’a connu l’Islande des années 2006-2008, avec des banques financièrement peu sûres, sont toujours portées par les populations.   Il est bon que les Islandais aient eu le courage de dire non. Beaucoup disent aujourd’hui, au vu des derniers mois de faible mais apparemment stable redressement économique, que ce non du peuple a permis à l’Islande de se ménager des bien meilleures conditions de reprise économique que les conditions draconiennes que le premier accord, parrainé par le FMI, voulait lui laisser (fort taux d’intérêt, remboursement de dette en temps record).

L’affaire n’a pas non diminué les chances de l’Islande d’entrer dans l’Union Européenne mais le pays s’est vu menacer de voir sa note chez l’agence de notation Moody’s baisser. S’il est vrai que l’Islande semble en redressement économique depuis trois mois, la situation est toujours préoccupante notamment au niveau du chômage et de l’endettement de l’État. C’est une crise de confiance qui mettra du temps à totalement se résoudre. L’Islande vient récemment de lancer une émission de titres obligataires.


[1] La directive  94/19 du Parlement européen et du Conseil prévoit que tous les dépôts soient normalement garantis par la loi locale afférente et qu’une somme minimale garantie de 20.000 euros doive de toute manière être versée en cas de faillite. L’usage veut aussi qu’il faille prévoir un fonds de garantie à hauteur de 1% des dépôts.

 

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