Soutenez le PS

Adhérez au PS

La croissance suédoise jusqu´en 2015 : prévisions revues à la baisse

En à peine un semestre, les bonnes prévisions gouvernementales sur l’évolution de la croissance économique suédoise jusqu’en 2015 se sont renversées. Un renversement qui glace un peu tout le monde en Suède.

 

L’on prévoyait pour la Suède en 2012 un taux de croissance du PNB supérieur à 3% en 2012 et un léger tassement par la suite. L’exécutif prévoit maintenant seulement 1,3% de croissance en 2012 et un grand retour autour des 4% vers 2013-2014. Quant au taux de chômage, il devait se stabiliser sous la barre des 5%, mais le voilà rehaussé à près de 8% l’année prochaine, redescendant progressivement vers 6,5% en 2015. La crise de la dette européenne au dénouement incertain – crise aux répercussions potentiellement mondiales – est passée par là et, pour sa gestion d’un pays largement dépendant de ses exportations, le gouvernement fait maintenant le choix de la précaution pour son budget 2012, tout en ne demandant pas aux Suédois de se serrer la ceinture et en confortant certains secteurs de l’économie. Cette orientation est, si l’on en croit l’avis des grands quotidiens d’information suédois, apparemment populaire.

 

La proposition de budget pour l’année 2012 inclut des mesures directement incitatives et des investissements à moyen terme, mais aussi des mesures très sociales. Présentée par le ministre des Finances Anders Borg au Parlement le 21 septembre 2011, elle regroupe un total d’investissements de 15 milliards de couronnes suédoises pour 2012. C’est un budget excédentaire de 52 milliards de couronnes qui prévoit 863 milliards de recettes et 811 milliards de dépenses publiques.

 

Tout d’abord, le gouvernement veut répondre au ralentissement de l’économie en investissant dans l’infrastructure ferroviaire et routière à hauteur de 5 milliards et en allouant 7,2 milliards de couronnes à des mesures de soutien à l’emploi, bénéficiant essentiellement aux chômeurs de longue durée et à d’autres catégories exposées. Il mise aussi sur des créations supplémentaires d’emploi dans la restauration en abaissant de moitié la taxe sur la restauration de 25 à 12% le 1er janvier 2012, en baissant la taxation des entreprises employant des travailleurs étrangers et assouplissant les règles de déclaration d’impôt qui les concernent pour les rendre plus compétitives.

 

À ces mesures de relance font écho quelques mesures structurelles visant à renforcer à moyen terme des secteurs publics ou privés jugés déficients et lutter contre une mauvaise conjoncture économique. L’État attribue dans ce but 3,5 milliards de couronnes à l’Éducation pour rendre plus attractif le statut de professeur et de meilleur qualité l’enseignement secondaire, et il investit dans le secteur du contrôle financier avec l’octroi de fonds à l’Inspection des Finances et à des institutions financières  européennes à hauteur d’une centaine de millions annuellement, ce pour renforcer la stabilité du système financier. Il est à noter aussi des dépenses de moindre importance dans la recherche, la défense, les écoles d’ingénieurs, les forêts et les côtes maritimes…

 

Des allègements fiscaux touchant à court terme les particuliers suivent. L’exécutif souhaite tout d’abord rendre accessible à tous la protection sociale.  L’allocation logement sera ainsi rehaussée pour les jeunes, les familles et les retraités – dont la situation est dans l’ensemble moins bonne aujourd’hui qu’avant la crise. L’assurance maladie verra son budget augmenter de 4,6 milliards ; des priorités telles l’amélioration de la qualité de soins ou l’accès à la santé pour les immigrés, travailleurs étrangers ou demandeurs d’asile, seront dotées de plus modestes  allocations. La taxe sur les tabacs augmentera. D’autre part, pour favoriser l’épargne, le gouvernement crée un nouveau type de compte bancaire, le compte épargne en actions à moindre fiscalité, où les particuliers gagneront à déposer épargne, capitaux de fonds de pensions et d’actions. Enfin, les dons des particuliers à des associations de bienfaisance seront déductibles sur la déclaration d’impôts et la prime environnement pour l’automobile propre fera son retour. Pour favoriser la location, l’État hausse désormais la déduction forfaitaire sur les locations privées de logement.

 

Dans sa dimension économique, il faut retenir que le but premier d’Anders Borg cette année a été d’afficher un budget qui équilibre les dépenses et les recettes. Pour autant, si le budget ne sacrifie pas le progrès et ne fait pas d’économies, l’impression d’austérité domine.  La situation unique de la Suède en Europe lui permettrait vraiment d’oser plus pour garantir la croissance de demain. Le pays peut s’enorgueillir du faible endettement auquel ses finances publiques sont soumises (39 pourcent du PIB) et  du fait qu’il peut désormais emprunter sur le marché obligataire quasiment gratuitement, à court ou à long terme grâce à des taux d’intérêts au plus bas depuis 1987 (début des emprunts, aujourd’hui à 1,6% pour les emprunts à dix ans!), du fait de la confiance qu’inspire l’économie suédoise et de son triple A.

 

C’est d’ailleurs ce que lui reproche l’opposition social-démocrate : il faut emprunter et investir dans l’économie, selon elle. Le président du Parti social-démocrate suédois Håkan Juholt évoque un budget « fatigué et sans imagination ». Il tient son inspiration de la critique de l’Institut suédois de la Conjoncture qui demande concrètement des investissements de l’État de trente milliards, et non quinze, pour 2012 ; une somme qui a donc été reprise par les sociaux-démocrates dans leur budget parallèle qui est traditionnellement présenté au pays après la proposition de budget du gouvernement. M. Borg continue pourtant à se faire le plus pessimiste et considère que la situation économique mondiale présente trop d’incertitudes. Il préfère donc, comme il le dit lui-même, « édifier des murailles », à même de protéger le pays et épaissir un matelas financier de réserve.

 

En misant sur la prudence maintenant et en faisant passer le message que l’économie se portera bien mieux dans deux ans – aux abords des élections législatives en 2014 -, ce qui permettra alors des investissements plus nombreux grâce à la cagnotte épargnée, Anders Borg fait pourtant un pari politique d’importance. Un pari dénué de fondements selon le Parti social-démocrate. Tommy Waidelich, responsable économique du Parti social-démocrate, parle de « prévisions fantaisistes » pour la croissance pour 2013 et 2014. Il est clair que ce calcul apparait aux connaisseurs comme un pari dans le vide, puisque personne ne sait où en sera l’économie suédoise à peine dans six mois !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.